Les maux possibles de l’astronaute rapatrié de l’ISS
Les maux possibles de l’astronaute rapatrié de l’ISS
© Bill Ingalls / NASA

publié le 28 mars 2026 à 07:00

899 mots

Les maux possibles de l’astronaute rapatrié de l’ISS

Le 25 février, l’astronaute américain Mike Fincke a révélé être le membre d’équipage qui est tombé malade le 7 janvier, nécessitant son rapatriement sur Terre pour effectuer des examens impossibles à réaliser sur orbite.


Secret médical

L’équipage de la mission Crew 11 (les Américains Zena Cardman et Mike Fincke, le Japonais Kimiya Yui et le Russe Oleg Platonov) s’était installé le 2 août 2025 à bord de la Station spatiale internationale. Le 7 janvier dernier, un mois avant le retour prévu sur Terre, Kimiya Yui a contacté d’urgence le centre de contrôle de mission de la Nasa à Houston, au Texas, pour réclamer une consultation médicale avec un médecin de l'air. Les choses sont ensuite allées assez vite : annulation de la sortie extravéhiculaire programmée le lendemain et retour prématuré sur Terre le 15 janvier. Secret médical oblige, le nom du membre d’équipage souffrant n’a pas été communiqué, tandis qu’aucun des quatre astronautes extraits du vaisseau Crew Dragon « Endeavour » n’a laissé apparaître un quelconque malaise…

 

Révélation

Le 25 février, Mike Fincke (qui a eu 59 ans le 14 mars) a souhaité révéler qu’il a été à l’origine du rapatriement d’urgence. Dans un communiqué de presse de la Nasa, il précise : « j'ai eu un problème médical qui a nécessité l'intervention immédiate de mes formidables coéquipiers. Grâce à leur réactivité et aux conseils des médecins de vol de la Nasa, mon état s'est rapidement stabilisé. Après une évaluation plus approfondie, la Nasa a déterminé que la solution la plus sûre était un retour anticipé pour l'équipage de Crew 11. Il ne s'agissait pas d'une urgence, mais d'un plan soigneusement élaboré pour pouvoir bénéficier de l'imagerie médicale avancée indisponible à bord de la station. Le 15 janvier, nous avons amerri au large de San Diego après une mission extraordinaire de cinq mois et demi. Je suis profondément reconnaissant envers mes compagnons de l'Expédition 74 […] ainsi qu'envers toute l'équipe de la Nasa, SpaceX et les professionnels de santé du Scripps Memorial Hospital La Jolla, près de San Diego. Leur professionnalisme et leur dévouement ont permis une issue favorable. Je me porte très bien et je poursuis ma rééducation post-vol habituelle (…) à Houston. Les vols spatiaux sont un privilège incroyable, et ils nous rappellent parfois à quel point nous sommes humains. »

 

Plusieurs hypothèses

Air & Cosmos a interrogé le docteur Guélove Nolevaux, intéressé par les problématiques de santé en micropesanteur : « A ce stade, les éléments dont nous disposons sont peu nombreux pour extrapoler sur la maladie dont Mike Fincke pourrait avoir été victime. On sait seulement qu’il a eu besoin de réaliser des examens nécessitant « une forme d’imagerie médicale avec des moyens techniques avancés » non présents à bord de la station, ce qui est peu précis. Rappelons que l’ISS est équipée d’échographes portables et de mini-laboratoires permettant des analyses de sang et d’urine. Le problème infectieux semble moins probable car plus gérable en orbite avec la pharmacie embarquée. L’astronaute a peut-être rencontré un problème cardiaque, mais je ne pense pas qu’il s’agisse d’un trouble du rythme cardiaque car, à bord de l’ISS, les équipages disposent d’électrocardiographes (ECG) facilement utilisables. Peut-être a-t-il souffert d’un syndrome coronarien aigu (ce qu’on appelle l’angine de poitrine), et a effectué une coronarographie à son retour. Une autre hypothèse serait un problème neurologique de type AIT (accident ischémique transitoire), qui est une altération de la fonction cérébrale due à une interruption temporaire de l’apport sanguin au cerveau, qui dure généralement moins d’une heure – d’où l’urgence au moment de l’appel. L’épisode aurait été résolutif, c’est-à-dire que les symptômes auraient disparu mais pas forcément la cause (une artère qui se bouche dans le cadre d’une embolie ou d’un saignement en cas de rupture), et la rentrée vite organisée pour passer une IRM et/ou un scanner non disponible sur l'ISS. En 2018, une thrombose (bouchon) de la veine jugulaire interne (veine présente dans le cou) avait été retrouvée de manière fortuite lors d’un examen de contrôle sur un membre d’équipage américain, ce premier épisode de trouble de la coagulation fut une surprise. Un traitement médicamenteux et une surveillance rapprochée avait été organisés avec les spécialistes au sol. Assister aujourd’hui à un deuxième phénomène de ce type constituerait une sérieuse alerte pour les vols de longue durée et encore plus pour ceux au-delà dehors de l’orbite terrestre. S’ajoute d’hypothèse d’une colique néphrétique, avec des douleurs importantes nécessitant l’appel au sol, une amélioration suite à la mise en place d’un traitement, mais la nécessité malgré tout d’un retour prématuré si le calcul (visible à l’échographie) présente un risque de devenir bloquant dans les voies urinaires. D’autres maux ne sont pas à exclure tant la physiologie et l’adaptation du corps humain en micropesanteur sont complexes et encore pleines d’inconnues malgré bientôt 65 ans d’exploration. »

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28/03/2026 07:00
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Les maux possibles de l’astronaute rapatrié de l’ISS

Le 25 février, l’astronaute américain Mike Fincke a révélé être le membre d’équipage qui est tombé malade le 7 janvier, nécessitant son rapatriement sur Terre pour effectuer des examens impossibles à réaliser sur orbite.

Les maux possibles de l’astronaute rapatrié de l’ISS
Les maux possibles de l’astronaute rapatrié de l’ISS

Secret médical

L’équipage de la mission Crew 11 (les Américains Zena Cardman et Mike Fincke, le Japonais Kimiya Yui et le Russe Oleg Platonov) s’était installé le 2 août 2025 à bord de la Station spatiale internationale. Le 7 janvier dernier, un mois avant le retour prévu sur Terre, Kimiya Yui a contacté d’urgence le centre de contrôle de mission de la Nasa à Houston, au Texas, pour réclamer une consultation médicale avec un médecin de l'air. Les choses sont ensuite allées assez vite : annulation de la sortie extravéhiculaire programmée le lendemain et retour prématuré sur Terre le 15 janvier. Secret médical oblige, le nom du membre d’équipage souffrant n’a pas été communiqué, tandis qu’aucun des quatre astronautes extraits du vaisseau Crew Dragon « Endeavour » n’a laissé apparaître un quelconque malaise…

 

Révélation

Le 25 février, Mike Fincke (qui a eu 59 ans le 14 mars) a souhaité révéler qu’il a été à l’origine du rapatriement d’urgence. Dans un communiqué de presse de la Nasa, il précise : « j'ai eu un problème médical qui a nécessité l'intervention immédiate de mes formidables coéquipiers. Grâce à leur réactivité et aux conseils des médecins de vol de la Nasa, mon état s'est rapidement stabilisé. Après une évaluation plus approfondie, la Nasa a déterminé que la solution la plus sûre était un retour anticipé pour l'équipage de Crew 11. Il ne s'agissait pas d'une urgence, mais d'un plan soigneusement élaboré pour pouvoir bénéficier de l'imagerie médicale avancée indisponible à bord de la station. Le 15 janvier, nous avons amerri au large de San Diego après une mission extraordinaire de cinq mois et demi. Je suis profondément reconnaissant envers mes compagnons de l'Expédition 74 […] ainsi qu'envers toute l'équipe de la Nasa, SpaceX et les professionnels de santé du Scripps Memorial Hospital La Jolla, près de San Diego. Leur professionnalisme et leur dévouement ont permis une issue favorable. Je me porte très bien et je poursuis ma rééducation post-vol habituelle (…) à Houston. Les vols spatiaux sont un privilège incroyable, et ils nous rappellent parfois à quel point nous sommes humains. »

 

Plusieurs hypothèses

Air & Cosmos a interrogé le docteur Guélove Nolevaux, intéressé par les problématiques de santé en micropesanteur : « A ce stade, les éléments dont nous disposons sont peu nombreux pour extrapoler sur la maladie dont Mike Fincke pourrait avoir été victime. On sait seulement qu’il a eu besoin de réaliser des examens nécessitant « une forme d’imagerie médicale avec des moyens techniques avancés » non présents à bord de la station, ce qui est peu précis. Rappelons que l’ISS est équipée d’échographes portables et de mini-laboratoires permettant des analyses de sang et d’urine. Le problème infectieux semble moins probable car plus gérable en orbite avec la pharmacie embarquée. L’astronaute a peut-être rencontré un problème cardiaque, mais je ne pense pas qu’il s’agisse d’un trouble du rythme cardiaque car, à bord de l’ISS, les équipages disposent d’électrocardiographes (ECG) facilement utilisables. Peut-être a-t-il souffert d’un syndrome coronarien aigu (ce qu’on appelle l’angine de poitrine), et a effectué une coronarographie à son retour. Une autre hypothèse serait un problème neurologique de type AIT (accident ischémique transitoire), qui est une altération de la fonction cérébrale due à une interruption temporaire de l’apport sanguin au cerveau, qui dure généralement moins d’une heure – d’où l’urgence au moment de l’appel. L’épisode aurait été résolutif, c’est-à-dire que les symptômes auraient disparu mais pas forcément la cause (une artère qui se bouche dans le cadre d’une embolie ou d’un saignement en cas de rupture), et la rentrée vite organisée pour passer une IRM et/ou un scanner non disponible sur l'ISS. En 2018, une thrombose (bouchon) de la veine jugulaire interne (veine présente dans le cou) avait été retrouvée de manière fortuite lors d’un examen de contrôle sur un membre d’équipage américain, ce premier épisode de trouble de la coagulation fut une surprise. Un traitement médicamenteux et une surveillance rapprochée avait été organisés avec les spécialistes au sol. Assister aujourd’hui à un deuxième phénomène de ce type constituerait une sérieuse alerte pour les vols de longue durée et encore plus pour ceux au-delà dehors de l’orbite terrestre. S’ajoute d’hypothèse d’une colique néphrétique, avec des douleurs importantes nécessitant l’appel au sol, une amélioration suite à la mise en place d’un traitement, mais la nécessité malgré tout d’un retour prématuré si le calcul (visible à l’échographie) présente un risque de devenir bloquant dans les voies urinaires. D’autres maux ne sont pas à exclure tant la physiologie et l’adaptation du corps humain en micropesanteur sont complexes et encore pleines d’inconnues malgré bientôt 65 ans d’exploration. »



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